J’Adore New York, J’Adore Paris, J’Adore Rome… Bien plus qu’une auteure, Isabelle Laflèche  est une ancienne avocate qui, au fil de ses romans, nous fait vivre l’envers juridique du milieu de la mode… Et ce, sous toutes ses coutures ! Rencontre au Café Holt, où elle m’a donné rendez-vous.

À l’image du Holt Renfrew, son café a tout de sophistiqué : une ambiance moderne et des hôtes très stylés. À la table voisine, je remarque Diane Dufresne, portant un tailleur-pantalon noir et les cheveux ébouriffés dissimulés sous sa casquette sport. Voici une manière originale de porter l’habit de façon décontractée ! Quelques instants plus tard, Isabelle vient me rejoindre, vêtue quant à elle d’un tailleur rose bonbon et d’une rangée de perles au cou. Après avoir consulté le menu, qui prône les produits du terroir, nous commandons du thé vert et deux pointes de leur Reine-Élisabeth, à la mangue confite à la vanille.  

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D’avocate à auteure

Au début de sa jeune vingtaine, le côté rationnel d’Isabelle l’emporte et la convainc d’entreprendre des études en droit. Après avoir fait son Common Law à Toronto, elle décroche un poste là-bas pour la Banque de Montréal, dans la division d’investissements. « C’était un travail stimulant parce qu’à 26 ans, je m’occupais de tout le Québec. Mais d’un autre côté, le climat au bureau était très conservateur. J’étais le clown de la place, car en plus d’être Québécoise et très latine dans l’âme, je m’habillais de manière colorée. Il n’était pas rare que j’arrive au bureau en tailleur fuchsia… C’était ma façon (et ma seule !), de m’exprimer », confit-elle. Trois ans plus tard, à la fin des années 90, son patron s’envole pour New York et lui offre une ouverture dans le domaine des technologies. « J’avais 26 ans, j’étais célibataire et j’adorais New York. C’était donc l’occasion rêvée ! Ceci dit, je travaillais jusqu’à des heures impossibles, je n’avais pas de vie. J’ai fait ça durant cinq ans », renchérit-elle.  

Cinq années ont passé, avant qu’une voyante ne l’intercepte au hasard dans la rue, pour lui dire  qu’elle avait passé à côté de son destin, qu’elle aurait dû écrire un roman et être publiée partout dans le monde. « Sur le coup, j’ai fait le saut. Mais c’était exactement le signe qu’il me fallait. Depuis fort longtemps, je savais que j’avais un côté artistique et j’éprouvais une grande tristesse de ne pas l’écouter. Si je ne changeais rien, c’était le burn-out qui m’attendait », affirme-t-elle. Seulement six mois ont suffi pour qu’Isabelle change de cap et pose ses valises à Montréal. « Avec l’argent que j’avais mis de côté, j’ai décidé pour la première fois en dix ans de prendre du temps pour moi. Je me suis donc inscrite à des cours d’écriture à l’université Concordia. « J’ai vécu neuf mois magiques et d’une grande liberté, qui m’ont donné confiance et confirmé que j’étais dans la bonne voix », se remémore-t-elle. 

Rencontre

Chick lit revisité

Sur les bancs universitaires, Isabelle savait exactement le genre de roman qu’elle voulait écrire : « Bien que j’aie l’habitude de lire des œuvres plus intellectuelles et des  biographies, j’aime beaucoup des romans légers comme The Devil Wears Prada et  The Nany Diaries. En les lisant, je me suis dit que j’étais capable d’écrire ce genre-là », mentionne-t-elle avant de poursuivre « Un soir, je suis revenue à la maison et je me suis promis que j’allais écrire un livre, simplement pour moi. Que ça fonctionne ou pas, c’était un but personnel et en plus, j’avais une histoire en tête ». Celle de Catherine Lambert, une avocate européenne et passionnée de mode, travaillant à New York. « Finalement, de peine et de misère, j’ai obtenu mon premier contrat d’édition », dit-elle les yeux pétillants.

Escapades, chalet et yoga

Pour l’écriture de ses livres, Isabelle accorde une importance capitale à une documentation rigoureuse. Pour son premier roman J’Adore New York (publié en 2010), l’écriture s’est faite avec simplicité, puisque le travail de son personnage ressemblait beaucoup au sien, lorsqu’elle faisait carrière à Toronto. Toutefois, pour le deuxième tome J’Adore Paris (publié en 2013), où Catherine change d’emploi et travaille désormais pour la propriété intellectuelle de Dior, Isabelle est retournée à New York pour rencontrer une avocate qui se spécialise en contrefaçon : « Le travail de la femme avec qui je me suis entretenue est de passer ses journées sur le terrain avec une veste antiballes, à faire des saisies de fausses marchandises pour de grandes marques telles Burberry et Ralph Lauren. Elle a été une grande source d’inspiration pour la nouvelle carrière de mon personnage. »  

Toujours pour son deuxième roman, Isabelle a même loué un appartement à Paris, où sa belle-mère réside (son fiancé étant Parisien) : « Une fois arrivée dans la Ville Lumière, j’ai pris des rendez-vous avec des couturiers et j’ai rencontré plusieurs personnes significatives. De plus, j’y étais pendant la Semaine de Mode, alors quoi demander de mieux ? ». Bien que ses romans soient qualifiés de Chick lit, Isabelle trouve primordial que ses lectrices s’enrichissent et apprécient son contenu recherché : « Je crois, avec humilité, que je réussis à me distinguer des autres auteurs Chick lit parce que j’investis beaucoup d’efforts dans la recherche et les détails. À mes yeux, une simple histoire d’amour ne suffit pas. Il me faut de la viande autour. »

Lorsque vient le temps de rédiger, Isabelle se refuge dans son chalet en Estrie : « Je passe plus de temps dans le bois qu’à la métropole. Les gens qui me connaissent trouvent ça assez particulier d’ailleurs ! » Petit oiseau de nuit, c’est en soirée et pendant les premières heures de la nuit que la plume de l’auteure est à son meilleur.  Sinon en journée, elle enfile son pantalon d’entraînement, sort faire une course, file prendre une marche en montagne ou se rend à une séance de yoga : « C’est durant ces moments de quiétudes qu’une idée surgit et que mes personnages me parlent… »

ISA

Catherine et Rikash

Bien souvent, on dit que le personnage principal d’un auteur est le miroir de ce dernier. Est-ce le cas d’Isabelle ? : « Je vois des similitudes dans les intérêts de Catherine pour le droit et la mode, mais outre ça elle est plus jeune que moi en plus d’avoir d’être européenne. Pour ce qui est de son assistant Rikash que l’on suit au fil des histoires, il est inspiré d’un collègue avec qui j’ai travaillé à New York. Il s’agissait d’un homme homosexuel indien d’une grande beauté, d’un raffinement inégalé et qui arrivait au bureau avec des cravates Hermès au cou. Son grand-père était l’un des fondateurs de Bollywood et mon ancien collègue avait décidé de quitter l’Inde beaucoup trop conservatrice à ses yeux pour venir s’installer à New York. »

Si les personnages de Catherine et Rikash sont divertissants, ils sont d’abord et avant tout de belles sources d’inspiration. Lors de salons du livre ou de conférences, Isabelle Laflèche reçoit plusieurs témoignages de lectrices : « Les plus beaux commentaires que j’ai reçus après J’Adore New York étaient que mon parcours et mon livre leur avait donné le droit de changer de vocation. Une femme est venue me voir pour me dire qu’elle avait annoncé à son père qu’elle quittait le droit pour faire du théâtre. Un autre m’a confié qu’elle travaillait comme comptable, mais que puisqu’elle a toujours voulu être maquilleuse, elle s’est inscrite à des cours… Ce que j’en retiens : quand on fait les choses pour plaire aux autres, ça finit toujours par nous rattraper. Et le message de Catherine dans tout ça est le suivant : la vie est courte et on doit faire ce qui nous passionne. »

Le fabuleux destin d’Isabelle… 

Quelques instants avant la fin de notre rencontre, je parle mode avec Isabelle. De ses coups de cœur, de ses incontournables… Et il y a soudainement une question qui me vient à l’esprit ? Pourquoi, de tous les designers qui existent, avait-elle choisi que Catherine travaille pour la maison de couture Dior ? « Ce couturier a beaucoup d’histoire et je trouvais fascinant qu’il ait sorti les femmes de la tristesse de la guerre. Pour approfondir mes connaissances à son sujet, j’ai lu la biographie qu’il a écrite lui-même. Et tu sais quoi ? J’ai appris que Christian Dior avait une voyante ! Elle lui avait d’ailleurs prédit qu’il aurait beaucoup de succès auprès des femmes. Christian, qui au départ s’orientait vers une carrière en architecture aux bons dires de ses parents, s’orienta alors vers la couture… » Et Isabelle après toutes ces années, a-t-elle revu cette voyante de New York ? « J’ai sa carte d’affaires, mais son numéro ne fonctionne plus. Je la vois maintenant comme un ange… », murmure-t-elle.

J’Adore Rome

En février dernier, Isabelle a mis en ligne les quarante premières pages  de J’Adore Rome. « J’ai voulu offrir à mes lectrices un petit bonbon », souligne-t-elle. Est-ce que cela signifie que nous aurons droit à un futur roman ? « J’y travaille fort. En fait, j’imagine quatre tomes pour la série J’Adore. » Et bien… J’adore l’idée !  

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