La vie nous fait parfois des clins d’œil. Sans que l’on s’y attende, une image, une odeur, un objet, ou même une phrase suffisent pour nous faire revivre des années de bonheur, déjà bien loin dernière nous.

Je me souviendrai toujours de l’entrée en classe de Jenny, en secondaire un. Le cours entamé depuis quelques minutes déjà, une jeune fille cachée sous une salopette en jean cogne à la porte et prend place derrière le dernier pupitre libre, les joues rosées de gêne. À cet instant, j’ai su qu’elle deviendrait ma grande amie.

Je me souviendrai toujours de nos nuits blanches passées dans sa chambre. Impossible de mettre la tête sur l’oreiller, le crépuscule était propice aux confidences. Celles entre autres des premiers battements de cœur, qu’elle avait pour un certain Michaël. Nous devenions alors les scénaristes par excellence d’un film à gros, gros budget!

Hier matin, Jenny et Michaël m’ont invitée à déjeuner dans leur premier vrai nid. Entre deux boîtes de carton et croissants aux amandes, j’ai savouré le bonheur d’un couple qui m’est cher. Je regardais Michaël visser les tabourets de leur cuisine en me disant qu’il y a 11 ans, les cinéastes-en-pyjamas n’auraient jamais pu prédire cette scène.

Quelques minutes avant de quitter, Jenny me demande de regarder dans le salon. À côté de la télévision était déposée une photo d’eux dans un cadre. Je me souvins de ce cadre en bois. Je l’avais peint pour souligner leur première année de fréquentation en secondaire quatre, avec mon tout premier ensemble acrylique que m’avait offert ma grand-mère. Qui aurait cru que ces coups de pinceau allaient tracer avec justesse le bonheur d’un couple solide et d’une amitié qui l’est tout autant. 

La vie nous fait parfois des clins d’œil. En sortant du bloc appartement, j’ai regardé le ciel et lui en ai fait un aussi.

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